Le choc septique correspond au stade le plus grave d’une infection et la première cause de mortalité en réanimation. Il est caractérisé par un état inflammatoire systémique exagéré en réponse à l’infection de l’organisme par un agent pathogène, qui peut conduire à des dysfonctions d’organes et à une défaillance circulatoire. Au plan pratique, les traitements du choc septique n’ont guère évolué au cours des deux dernières décennies et consistent toujours à lutter contre l’infection et à soutenir ou suppléer les systèmes défaillants. Cette inflammation aigue peut avoir un retentissement sur la coagulation avec activation des plaquettes sanguines et survenue d’une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) qui aggravent considérablement le pronostic des malades en choc septique. Parmi les activateurs des cellules de l’inflammation et des plaquettes sanguines, les nucléotides extracellulaires (ADP et ATP) tiennent une place centrale. L’ADP et l’ATP, libérés par les cellules mortes ou les tissus endommagées ou par les plaquettes activées, constituent des signaux de danger ou DAMP « damage-associated molecular pattern », capables de recruter et d’activer les cellules de l’inflammation. L’ADP et l’ATP activent également les plaquettes sanguines qui jouent un rôle central dans l’arrêt du saignement mais également dans la formation d’une thrombose. Les récepteurs plaquettaires de l’ADP et ATP sont au nombre de trois : deux récepteurs couplés à des protéines G activés par l’ADP, P2Y1 et P2Y12, et un canal ionique P2X1 activé par l’ATP. Le récepteur P2Y12 constitue la cible moléculaire du clopidogrel (Plavix®) et du prasugrel (Efient®), parmi les médicaments anti-thrombotiques les plus prescrits. Hormis les plaquettes, ces récepteurs sont exprimés sur de nombreuses cellules qui interviennent dans la réponse inflammatoire, à savoir les leucocytes (neutrophiles, monocytes/macrophages), les cellules endothéliales et les cellules musculaires lisses vasculaires. A ce jour, les rôles de ces récepteurs P2 au cours du choc septique restent encore à élucider. L’objectif est de mieux comprendre le rôle des récepteurs P2Y1, P2Y12 et P2X1 dans le choc septique.

Nous utiliserons un modèle murin de choc septique polymicrobien (péritonite induite par ligature et perforation caecale) en place au laboratoire. Le rôle des récepteurs P2Y1, P2Y12 et P2X1 sera évalué dans ce modèle à l’aide de souris invalidées pour chacun de ces récepteurs et disponibles au laboratoire. Des inhibiteurs pharmacologiques de ces récepteurs seront également évalués. Dans la suite, pour déterminer la contribution respective de ces récepteurs présents sur les différentes populations cellulaires (plaquettes, cellules endothéliales, leucocytes), des souris présentant une délétion de ces récepteurs de façon tissu spécifique seront évaluées. Pour chaque condition, les paramètres tels que les dégâts tissulaires, l’infiltration des neutrophiles et des plaquettes seront évalués par analyse histologique des différents organes (poumon, foie, rein). Dans le sang, nous évaluerons l’inflammation systémique par dosage ELISA de différentes cytokines et chimiokines, l’activation de la coagulation et de la fibrinolyse. L’intensité de l’activation des plaquettes et des neutrophiles sera déterminée à l’aide de marqueurs de surface par cytométrie de flux ainsi que par le relargage de NETs (Neutrophil Extracellular Traps).
L’ensemble de ce travail permettra de mieux définir le rôle des récepteurs P2 dans le choc septique. Il devrait permettre d’identifier de nouvelles cibles pharmacologiques pour de nouvelles stratégies thérapeutiques efficaces.

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